Il est difficile
de cerner l’impact de l’interdiction de dépassement
pour les PL au travers de la répartition des véhicules
par tranche de vitesse. Le constat d’évolution des
moyennes peut se résumer comme suit :
- sur les sites non réglementés,
transfert essentiellement vers la tranche 90-110 km/h d’une part
de véhicules lents (<90 km/h, - 6 points) mais
également d’une part des véhicules en infraction
(>130 km/h, - 4 points)
- en moyenne des trois sites
réglementés, transfert vers la tranche de moins de 90
km/h d’une partie des véhicules de la tranche 90-110 km/h
et d’une partie de celle de 110-130 km/h (-3 points environ pour
chaque tranche). Ce résultat est fortement influencé par
celui du site de Mérignac où il paraît assez
vraisemblable que le retour vers de faibles vitesses soit plutôt
une conséquence de la saturation et/ou du contrôle
sanction automatisé des vitesses.
Enquêtes d’évaluation du nombre de dépassements
Le principe consiste à faire, au point d’entrée
d’une section enquêtée, et au point de sortie de la
section, un enregistrement des plaques minéralogiques des
PL avec saisie (automatisée par l’horloge
système du micro-ordinateur portable PSION utilisé) de
l’heure de passage précise à la seconde. Le
traitement par comparaison des fichiers résultants à
l’entrée et à la sortie permet
d’établir pour chaque PL intercepté l’ordre
de passage à l’entrée puis à la sortie de la
section enquêtée. La différence d’ordre est
interprétée comme le nombre de dépassements
effectués par le PL si la différence est
négative, ou comme le nombre de fois où le PL a
été dépassé si la différence est
positive. Comme seuls les PL sont saisis, les dépassements
s’entendent bien sûr dans cette seule catégorie de
véhicules, c’est à dire « dépassement
d’un PL par un autre PL ». Il faut également
souligner que la méthode ne peut prétendre comptabiliser
l’ensemble des dépassements mais ne peut en tout
état de cause que donner une estimation minorante du
phénomène. En effet, si dans la section, un PL
dépasse un autre PL qui l’a lui-même
préalablement dépassé, l’ordre relatif de
passage en entrée – sortie est le même, donc ne
permet pas de comptabiliser les deux dépassements ainsi
réalisés. D’autre part, les déchets dus
à des erreurs de saisie, de lecture, ou encore à des
manques de saisie, ne permettent d’extraire pour le calcul du
nombre de dépassements qu’un échantillon des
fichiers initiaux, pour lequel on a avec un maximum de
sécurité (cf. détail des opérations
d’accréditation par le temps de parcours) les heures de
passage aux points d’entrée et sortie de la section, et
l’ordre de passage résultant.
La durée d’enquête a été
d’environ 1 heure par site et par sens de circulation. Au minimum
deux enquêtes ont été réalisées dans
chaque situation (avant et après interdiction) pour quatre
sites.
Le nombre de dépassements représente le nombre de fois
où un PL en a doublé un autre. Il est exprimé dans
l’indicateur « % de dépassements » en
pourcentage par rapport au nombre de PL retenus, bien qu’il ne
s’agisse pas de données homogènes. En effet
plusieurs dépassements peuvent être effectués par
un même véhicule. On peut remarquer qu’ainsi
mesurés, les pourcentages de dépassements sont souvent
assez notablement différents selon les sens et les
journées d’enquêtes, même pour une situation
de réglementation identique.
Malgré la grande variabilité des valeurs obtenues, on
remarque que quels que soient les sections et les sens de circulation,
le pourcentage de dépassements baisse après la
réglementation des dépassements.
Globalement le nombre moyen de dépassements par heure et par km se réduit de 155 à 55 soit 65 %.
Résumé et conclusions
Les résultats de mesures de l’impact sur la circulation de
l’entrée en vigueur au cours de l’été
2003 de l’interdiction de dépassement pour les poids
lourds peuvent être résumés comme suit. Ils sont le
fruit d’une comparaison entre avril 2003 et avril 2004
d’indicateurs caractéristiques des effets
présumés de la réglementation, en particulier le
taux de PL sur la voie de gauche, les vitesses et les distances
inter-véhiculaires.
- en moyenne de 14 journées de mesure
homogènes et de l’ensemble des 16 stations de comptage
retenues, la part de PL circulant sur la(les) voie(s) de gauche :
· est stable pour les points de mesure non réglementés
· baisse d’environ 2 points (soit 26 %)
sur les sections où l’interdiction de dépassement
est entrée en vigueur pendant l’été 2003.
- l’analyse sur longue période (2
semaines) de la répartition des véhicules en classes de
vitesse n’a pas permis d’isoler un impact de
l’interdiction de dépassement pour les PL. En effet cet
éventuel impact est masqué par l’effet
présumé du contrôle sanction automatisé des
vitesses faisant apparaître une réduction du nombre de
véhicules en infraction vis à vis de la limitation de
vitesse.
- l’étude des valeurs individuelles des
véhicules (vitesse, longueur, inter-distance) par voie de
circulation, sur des périodes courtes (quelques heures) mais
diurnes et homogènes en terme de trafic a permis de constater
que :
· la vitesse moyenne des PL est
généralement stable entre 2003 et 2004 sur les sites
réglementés. Comme elle a tendance à augmenter
légèrement (3,5 %) sur les sites non
réglementés, l’impact de la réglementation
des dépassements peut apparaître comme positif vis
à vis de l’évolution des vitesses PL
puisqu’il semble contribuer à en limiter
l’augmentation
· en parallèle, pour ce qui concerne
les VL, les évolutions sont bien différenciées
entre sites réglementés ou non. Sur les sites non
réglementés la tendance est légèrement
à la baisse (- 4 %), conséquence probable de
l’effet CSA, alors que sur les sites réglementés,
on constate une augmentation relative de la moyenne de 13 %, soit
environ 12 km/h. Le cantonnement des PL sur la voie de droite semble
donc permettre aux VL une augmentation significative de vitesse
· aucun impact n’apparaît sur le respect des inter-distances par les VL
· par contre, pour les poids lourds, si le
taux d’irrespect des distances est stable pour les sites à
dépassement autorisé, il est en forte hausse sur les
sites où le dépassement est interdit. Si ce constat est
une conséquence logique de la concentration des PL sur la voie
de droite, son ampleur est loin d’être négligeable
puisqu’en moyenne des sites réglementés, le taux de
non respect des distances PL augmente de 5 points, de 21 % à 26
%.
· réduction spectaculaire de la part
des PL circulant sur la voie de gauche des sites
réglementés. Cette part passe de 7,2 % à 1,2 %
soit une baisse de 6 points (80 %).
- des enquêtes d’évaluation du
nombre de dépassements on retiendra une forte réduction
du nombre de dépassements sur les sections
réglementées, réduction marquée par :
· la baisse du pourcentage moyen de
dépassements qui passe de 45 % à 18 % soit une
réduction de plus de moitié
· si leur nombre a considérablement
chuté, la structure des dépassements entre PL est stable.
La baisse du pourcentage de dépassements se traduit par une
baisse du même ordre (de 28 % à 12 %) du pourcentage de PL
qui doublent, et parallèlement une baisse du pourcentage de PL
ayant été doublés (baisse de 22 % à 9 %).
Le nombre moyen de dépassements des PL qui doublent et le nombre
moyen de fois ou d’autres sont doublés reste stable
· globalement le nombre moyen de
dépassements par heure et par km est réduit de 155
à 55 soit 65 %.
En résumé on
retiendra un impact avéré des mesures
d’interdiction de dépassement pour les poids lourds : une
réduction de plus de moitié du nombre des
dépassements et du nombre de PL sur la voie de gauche, mais
à contrario on relève une légère
augmentation des vitesses des VL et une réduction des
inter-distances entre PL.