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Analyse du comportement des piétons dans la
traversée des chaussées protégées :
interactions piétons - véhicules
Les analyses effectuées sont
relatives à l’observation du comportement des
piétons lors de la traversée de passages piétons
à feux ainsi que de l’interaction avec les
véhicules antagonistes. L’analyse,
basée sur l’observation d’enregistrements
vidéo, concerne huit traversées piétonnes
situées à Toulouse. Les caractéristiques
générales des comportements liés aux
piétons sont étudiées pour 62 heures
d’enregistrement (8 h par site) ayant donné lieu à
18700 traversées dont 80 % sont concentrées sur trois
passages piétons d’un carrefour très
fréquenté du centre ville de Toulouse (Roosevelt). Cette
analyse globale a ensuite précisé pour ce qui concerne le
comportement des piétons qui s’engagent au rouge, hors
période de rouge de dégagement.
Les périodes d’observation, toujours
réparties sur les huit traversées, ont été
réduites à 10 heures pour ce qui concerne l’analyse
quantitative et 18 heures pour ce qui concerne l’analyse
qualitative des comportements.
Caractéristiques générales des comportements liés aux piétons
4 traversées (les traversées FNAC, Strasbourg et
Jaurès du carrefour Roosevelt et Notre Dame) fonctionnent en
cycle fixe, les autres, moins fréquentées et dans un
environnement moins urbain, fonctionnent sur appel par bouton poussoir
(Azur, Cépière, Ricardie, Carnot).
Globalement pour l’ensemble des huit sites le pourcentage
d’engagements au rouge de dégagement dans le total des
usagers est de 7,9 % et le pourcentage d’engagements au rouge
(hors dégagement) de 27 %. Sur un échantillon nombreux de
18700 traversées piétonnes, à peine 2/3 (65 %)
sont effectuées licitement lorsque la figurine piéton est
verte.
Parmi les piétons engagés pendant le rouge de
dégagement, la part de ceux qui le font pendant le dernier quart
de cette période, c’est-à-dire pendant le moment
comportant le plus de risques de conflits potentiels avec les
véhicules au démarrage, est plus forte sur les carrefours
à cycles fixes (18 % à 27 %) que sur les
traversées commandées par bouton poussoir (9 % à
17 %).
Parmi les piétons engagés régulièrement au
vert, le pourcentage d’engagements tardifs
(c’est-à-dire les usagers dont la probabilité de ne
pas finir la traversée au vert est très forte) vaut en
moyenne 13 % mais est très variable selon la durée de
vert piéton et son rapport avec la durée moyenne de
traversée.
Le temps d’engagement des véhicules (délai entre
l’apparition du vert et le démarrage du premier
véhicule) est assez homogène pour toutes les
traversées, il vaut en moyenne 2,3 s.
Caractéristiques des traversées piétonnes effectuées au rouge
La vitesse moyenne des véhicules (au vert) en approche du
passage piéton varie selon les traversées de 23 km/h
à 74 km/h avec une moyenne de 41 km/h.
La densité de véhicules au vert est en moyenne de 1850
véh/h. On voit nettement l’influence de la densité
de véhicules sur le pourcentage de piétons
s’engageant au rouge avec des taux de l’ordre de 50 % sur
les traversées dont la densité est comprise entre 1000 et
1500 véh/heure et des taux inférieurs à 20 % quand
la densité est supérieure à 3000 véh/h.
L’influence de la couleur de la figurine au moment de
l’engagement du piéton sur la vitesse de traversée
a été mesurée sur la traversée FNAC du
carrefour Roosevelt : la prise de risque d’une traversée
au rouge se traduit par une augmentation de vitesse du piéton
(par rapport à une traversée au vert) de 10 % quand il s’engage au rouge de dégagement et de 6 % quand il s’engage au rouge (hors dégagement).
Le risque pris par les piétons s’engageant au rouge peut
être qualifié de la façon suivante : dans
l’ensemble des traversées, 59 %
des engagements au rouge présentent un risque fort car un
véhicule franchissant le feu au vert pourrait être en
conflit avec le piéton. Les cas où le risque est
diminué par le fait que le véhicule en approche
s’arrêtera au feu jaune ou rouge et ne serait donc pas en
conflit potentiel avec le piéton représentent environ 38
%. Les cas où le piéton renonce à traverser ou le
fait à moindre risque car les véhicules sont en file
d’attente est marginal (3 %). Dans le cas d’un conflit
potentiel entre piéton et véhicule, celui-ci arrive sur
le point de conflit après un délai moyen de 6,7 s
(± 0,4 s), ce qui correspond à une distance moyenne
parcourue par le véhicule de 75 m. Selon les sites, plus
l’approche des véhicules est rapide plus le délai
entre le passage du piéton et du véhicule sur le point de
conflit est grand, autrement dit plus le piéton «
garantit » sa traversée par un espace long, similaire
à une durée ou à une longueur de freinage.
Dans les deux traversées où les véhicules en
tourne à droite franchissent le passage piéton
(Roosevelt-Strasbourg et Notre Dame), 75 % des véhicules le font
en l’absence de piétons traversant ou en attente, 13 %
s’arrêtent pour laisser passer les piétons, 9 % sont
moyennement gênés par les piétons (ralentissement
…) et 5 % leur refusent la priorité (dont 0,4 % par rapport à des piétons déjà engagés sur le passage protégé).
Analyse qualitative des traversées piétonnes effectuées au rouge
78 % des
traversées sont faites avec un risque maximum : les
véhicules sont au vert quand le piéton arrive et quand il
s’engage. On note toutefois que dans 15 % des cas, le
piéton arrive quand les véhicules ont le vert mais ne
s’engage que quand le feu passe au jaune.
En moyenne, et compte tenu des personnes qui s’engagent dans la foulée (36 %), le temps d’attente sur le trottoir des personnes qui s’engagent au rouge est de 6,7 s. Cette durée d’attente n’est supérieure à 10 s que dans 23 % des cas.
Pour 30 % des personnes
observées, nous avons jugé que la prise de
décision de traverser résultait de celle prise par un
usager les précédant, que celui-ci fasse ou non partie du
même groupe de personnes se déplaçant ensemble.
12 % des personnes ont marqué une hésitation sur le trottoir avant de s’engager.
5 % des personnes ont fait ½ tour et sont retournées sur le trottoir avant de s’engager.
Si 27 % des traversées peuvent être
considérées comme des anticipations du vert piéton
car la traversée se finit au vert piéton (donc a fortiori
au rouge véhicules), 57 % des
traversées sont effectuées entièrement dans la
période insécurisée de vert véhicules.
14 % des
traversées occasionnent une attente sur une partie
protégée de la chaussée, par exemple au droit des
véhicules en stationnement. En moyenne de l’ensemble de
l’échantillon cette attente est de 0,9 s (6,6 s pour les personnes qui attendent effectivement).
8 % des personnes,
après s’être engagées au rouge, se sentent en
situation de danger et marquent un temps d’arrêt ou
s’arrêtent à proprement parler en milieu de
chaussée. En moyenne de l’ensemble de
l’échantillon cette attente en milieu de chaussée
est de 0,3 s (3,2 s pour les personnes qui attendent effectivement).
35 % des
traversées peuvent être soupçonnées
d’être particulièrement dangereuses dans la mesure
où le piéton et le(s) véhicule(s) se trouvent
simultanément sur le passage piéton. Dans 19 % des cas
le(s) véhicule(s) se trouve(nt) seulement devant le
piéton, dans 9 % des cas seulement derrière mais dans 7 % des cas le piéton est entouré de véhicules en mouvement.
12 % des piétons
traversant au rouge ont gêné au moins un véhicule.
En moyenne, et compte tenu des piétons dont la traversée
n’est pas gênante, le nombre moyen de véhicules
gênés par piéton est de 0,18.

23 % des traversées engagées au rouge font apparaître des conditions ou un comportement particuliers.
2/3 des cas
relevés concernent le rythme de la traversée : 51 %
courent (31 % sur l’ensemble de la traversée, 20 % sur une
partie seulement de la chaussée), 18 % marchent vite.
Analyse statistique des indicateurs quantitatifs
L’analyse statistique des indicateurs quantitatifs définis
pour les huit traversées est rarement très significative,
elle fait toutefois apparaître quelques relations
privilégiées :
- relation négative entre la part de vert
piéton et la vitesse des VP autrement dit plus les
véhicules bénéficient de temps de vert, plus leur
vitesse est élevée
- relation négative entre la part de vert
piéton et le pourcentage de risque pris par le piéton
autrement dit, moins le piéton bénéficie de temps
de vert, plus il prend de risque quand il s’engage au rouge
- relation positive entre le pourcentage de
piétons s’engageant au rouge et le pourcentage de ceux-ci
qui prennent un risque fort dans leur traversée. Ceci
suggère, dans la comparaison entre les différentes
traversées, que vis à vis du risque pris par les
piétons on cumule deux effets : celui du nombre de
traversées et celui de l’intensité du risque.
- relation positive entre la vitesse d’approche
des véhicules et le délai entre piéton et
véhicule(s) sur le lieu potentiel de conflit. Autrement dit,
plus la vitesse des véhicules est élevée, plus le
piéton « s’impose » un long intervalle avec le
prochain véhicule avant d’entamer sa traversée.
- relation entre le pourcentage de comportements
particuliers (dont pour partie les comportements potentiellement
dangereux : hésitations, changements de rythme, piéton
qui court etc.) et le nombre moyen de véhicules
gênés par un piéton s’engageant au rouge. On
peut voir là une graduation de la difficulté
d’interaction piétons – véhicules : selon les
traversées, plus il y a (relativement) de piétons dont la
traversée au rouge apparaît difficile, plus on constate
que les véhicules sont gênés par la
traversée intempestive des piétons.
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